Le plancher de Jeannot

Ingrid THOBOIS / Sylvain GAUDU

Trente-trois ans, Jeannot. Les gens, c’est tout ce qu’ils ont retenu.

 

 

Avant d’être considéré comme une oeuvre majeure de l’art brut, le plancher de Jeannot c’est d’abord une tragédie familiale qui prend place dans un village béarnais, au milieu des années 60. Jeannot vit dans la ferme aux côtés de ses parents et de sa soeur, Paule. Le père, violent, a déjà fait fuir sa deuxième sœur, elle ne reviendra jamais. Jeannot fuit également et s’engage, avant l’appel, pour la guerre d’Algérie. Il reviendra pour décrocher son père pendu dans la grange.

 

Dès lors, la famille sombre lentement dans le silence et la paranoïa, Jeannot laisse une partie de lui en Algérie, la mère meurt à petit feu et Paule développe une haine pour le monde du dehors. Les verrous et les volets se ferment, plus rien n’entre ni ne sort de la maison, même le cadavre de la mère n’en sortira pas. Le fusil de Jeannot a convaincu les autorités locales, la mère sera enterrée légalement sous l’escalier. Le cloisonnement s’intensifie, Jeannot s’enferme dans sa chambre et grave minutieusement sur son plancher un manifeste douloureux. Quatre-vingt lignes en lettres capitales, sans ponctuation, lancées comme un cri, une agonie. Il meurt d’inanition quelques mois après sa mère. Paule vivra seule encore 20 ans dans la maison où elle s’enfoncera dans la misère et la crasse. Elle est retrouvée morte en 1993, dans la grange, au milieu des bêtes.

 

Création en cours.

Avec Catherine ANDREUCCI

© LEPAVILLON33 2017